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Les Seigneurs et le Château

LES ORIGINES DU VILLAGE

Les origines de Brunstatt sont inconnues. Le couvent de Hohenburg (Mont Sainte-Odile) y avait des possessions, mais les documents qui en parlent ne remontent pas au début du 9ème siècle, ils ont été rédigés vers l’an 1200 et datés faussement du 9ème siècle. Une agglomération existait peut-être déjà à cette époque près du Burnenbach, ruisseau qui a favorisé la construction du château fort.


Ville de source par son origine, lieu de défense, puis ville d’eau, Brunstatt fut donné par l’empereur en fief au comte de Ferrette en 1310. Quelques années plus tard, Jeannette, dernière comtesse de Ferrette, épousa un Habsbourg, Albert II, dit le Sage, Brunstatt devint ainsi autrichien et le resta jusqu’au Traité de Westphalie (1648) par lequel les terres autrichiennes en Alsace furent cédées au roi de France.

L’évolution de l’ancien village “se dessine à l’intérieur de deux enceintes successives, inégales de forme et d’importance, mais d’une ordonnance parfaite. La première enceinte se traduit par un demi-cercle sur le diamètre et au centre duquel, regardant le nord, est situé le château”. L’auteur de l’étude mentionnée conclut que cette première enceinte coïncide avec la construction du château. La seconde enceinte fut postérieure et contenait une extension importante vers le sud. L’enceinte régulière a influencé, surtout les voies extérieures, le chemin de ronde formé par des ruelles dites Habsheimer, Hinter, Brubacher et Didenheimer Gasse.


LE CHATEAU ET LES SEIGNEURS DE 1295 A 1657

En 1295, le seigneur Cuno de Berckheim, vassal de Thiébaut, comte de Ferrette (1275-1310) fur autorisé à construire un château fort à Brunstatt. Erigé à l’entrée de la vallée de l’Ill, entre les derniers contreforts du Jura et à proximité de Mulhouse, ville libre, le château occupait une position stratégique favorable et constituait un bastion de protection avancé des possessions du comte de Ferrette. En 1321, Werner de Berckheim reçut Brunstatt, château et village, y compris les murs et les fossés qui en faisaient partie, d’Ulrich III dernier comte de Ferrette.

En 1360, Rodolphe, archiduc d’Autriche, demanda à Frédéric, duc de Teck, bailli en Souabe et en Alsace, de prendre en possession le château, fief autrichien, devenu vacant par la mort de Wernher de Berckheim, fief comprenant les personnes, les biens, les droits et les libertés, ainsi que les droits de justice y attenants. Cinq ans après, le même archiduc fit savoir que Walther von der Dickhe et Claus von Haus, fils de Dietrich, qui tenaient le château en fief, devaient se succéder l’un à l’autre dans la possession. Guillaume, margrave de Hochberg-Sausenberg, par un document de 1427, signé à Neuenbourg (Neuchâtel en Suisse) donna la moitié du village de Brunstatt en fief à Dietrich “du Ratzenhausen vom Stein”, mais celui-ci y renonça en 1441 en faveur du comte Hans vom Thierstein auquel le margrave l’avait accordé dès 1436.

En 1459, Frédéric III, empereur, reconnut avoir donné en reconnaissance des services fidèles envers l’empire, le droit de marché à Brunstatt le jour de la Saint Georges et 15 jours après la Saint Michel, ainsi que le droit d’un marché hebdomadaire le lundi.

Le château de Brunstatt fut attaqué par les Mulhousiens et leurs alliés les Confédérés le 13 juin 1468, durant la “guerre des six deniers” devenue une guerre entre Mulhouse, soutenue par les Conférés, et les nobles soutenus par les Habsbourg. Les Mulhousiens pénétrèrent dans le village par un fossé. Attaqués du haut du clocher et du château, ils prirent d’assaut le cimetière (qui à l’époque entourait l’église) et obligèrent les occupants du clocher à capituler. Les Mulhousiens firent quelques prisonniers, pillèrent et incendièrent le village. Fin juin, les Confédérés revinrent et prirent le château qui fut incendié.

En 1495, Barthélmy von Haus vendit le château y compris les jardins et les prés, à Guillaume, comte de Thierstein. L’empereur Maximilien 1er en inféoda le comte en 1501. Henri, dernier comte de Thierstein, décéda au château de Brunstatt en 1519. Sa veuve précisa que la moitié du village avait été la propriété de l’Autriche, l’autre moitié un fief de la seigneurie de Rotteln, que le comte avait acheté au margrave Ernest de Bade.

En 1523, le château fut conquis par les nobles d’Ortenbourg-Salamanca de descendance espagnole et possédant le village d’Ortenbourg en Carinthie. Ils s’endettèrent à la suite de leurs dépenses de telle façon qu’ils durent s’adresser sans cesse à des créanciers, parmi lesquels la ville de Mulhouse, ville alliée à la Suisse depuis 1515. Mulhouse se fit donner en 1647 pendant la guerre de Trente Ans (1618-1648) la possession de Brunstatt, en dédommagement de prêts accordés aux nobles d’Ortenbourg-Salamanca, mais dut y renoncer quelques années après, au moment où la famille Besenval entra dans l’histoire du Sundgau.

Le 14 juin 1644, Hans Adam de Ferrette, seigneur de Zillisheim, fit savoir que Marie Madeleine de Reust, née de Sickingen, avait vendu à Martin Besenval commerçant, membre du Grand Conseil à Soleure, pour lui et ses héritiers, les biens et le château des nobles de Byss et du village de Didenheim, à titre allodial, y compris le droit de pêche dans l’Ill, la dîme du vin “am neuen Rebberg” l’Ungeld, les prés et les redevances.

Le 11 août 1657, Ehrhardt Schreiber, “Rechtsconsulent à la Reichsstatt Augsburg” rédigea au château de Brunstatt un document suivant lequel le gouvernement français avait autorisé la vente des biens seigneuriaux situés en Alsace ayant appartenus aux comtes d’Ortenbourg ; parmi ces biens on cite Brunstatt et Riedisheim, ces deux villages comprenant tous les droits furent vendus pour 20.000 Gulden. Ces biens avaient été acquis à titre allodial par Martin Besenval, seigneur de Byss et de Didenheim. Cette vente comprenait le château et “Burgstal” de Brunstatt ainsi que le village, les murs autour du village, le fossé, le jardin, l’avant cour, la bergerie, des écuries, des granges, la haute, la moyenne juridiction, ainsi qu’une propriété dite ”Fridlin Lehen” avec des prés et des vignes. Le document énumère également les autres droits du seigneur, tel que les impositions : 98 livres, 5 schilling, 4 pfennig par an, la corvée, l’Ungeld, les amendes, le droit de bourgeoisie, la pêche, un quart de la dîme du blé et du vin, à côté du pressoir seigneurial, la dîme à chaque Ohmen (50 litres) de vin pressuré, etc... Le seigneur devait par contre construire et entretenir le chœur, la sacristie et le clocher de l’église.


DE 1657 A LA REVOLUTION : LES NOBLES DE BESENVAL

Château BESENVAL

Martin Besenval, Boessen ( ou Besenwald, 1600 - 1660 ) était originaire de Valleil, commune de Forgnon ou Val d’Aoste dans le Piémont, mais d’après son nom, la famille semble avoir immigré au Val d’Aoste, peut-être du Valais.

En 1629, Besenval eut le droit de bourgeoisie à Soleure, en 1636 il y devint membre du Grand Conseil et fut un excellent commerçant ( vorsichtig wohlweis ), administrateur du sel ( Salzverwalter ) à Soleure. Bailli à Lugano ( 1648 ) il reprit en 1653 une partie de l’ancienne compagnie de Hans Schwaller dans le régiment des gardes suisses en France et reçut de Louis XIV les lettres de noblesse. IL avait épousé Marie-Catherine, fille de Ivan Schwaller, conseiller d’Etat et avoyer de Soleure ( 1631 ), puis en secondes noces, vingt ans après, Marie Glütz, également fille d’un conseiller d’Etat de Soleure. Martin Besenval a-t-il été inhumé dans l’église de Brunstatt, comme on le prétendait ? - on l’ignore.


Les nobles de Besenval se divisèrent en trois branches, plusieurs de ses membres entrèrent au service des rois de France, en qualité d’officier des gardes suisses, tel Pierre Joseph Victor ( 1721 - 1791 ) dernier seigneur de Brunstatt. Ce dernier occupa une position prépondérante à la cour de Versailles. Cette activité des Besenval au service de la France peut s’expliquer par le fait que Soleure, résidence des nobles avait été avant 1789 « ville des ambassadeurs « , surtout ceux du roi de France.

L’ancien palais des Besenval existe toujours à Soleure à proximité de la cathédrale et sur les bords de l’Aar.

Martin de Besenval n’avait acquis les terres allodiales que pour la succession mâle de la famille, il pouvait en disposer et l’a fait pour ses fils et leurs successeurs mâles, à l’exclusion des filles. François-Joseph de Besenval acheta pour lui et ses covassaux, seigneurs de Brunstatt, le fief du patronage de Didenheim dont dépendait le vicariat de >Hochstatt, filiale de Didenheim, ainsi qu’une foire franche au Gallenberg. Ce fief d’origine inconnue avait appartenu aux nobles de Barenfels depuis 1445. Le 18 août 1702, le seigneur de Hégenheim, Frédéric de Barenfels, l’aîné de la famille, vendit à François-Joseph de Besenval la collature de Didenheim y compris les droits et la juridiction sur le marché de Gallenberg. En 1756, le roi transféra la foire de Didenheim à Brunstatt et en ajouta une seconde.

DE 1790 A 1857

La Révolution mit fin à la seigneurie des Besenval ( 1790 ). Ceux-ci se retirèrent à Soleure où des prêtres alsaciens réfugiés dans cette ville furent accueillis par les anciens seigneurs de Brunstatt.

En 1802, le notaire Wendling à Landser, fit savoir au baron de Besenval qu’il avait vendu le moulin de Biss à un nommé Bacher. En 1808, le baron écrit au notaire qu’il avait trouvé quelques amateurs pour l’acquisition du château de Brunstatt : il s’agissait de suisses habitant Paris qui lui avaient offert 270.000 livres « Mais, dit le baron dans sa lettre, je ne suis pas obligé d’abandonner des droits de jadis à Brunstatt, surtout des terres propres. La position de Brunstatt est d’ailleurs avantageuse à tous égards : le village est à l’abri de la guerre ; assez éloigné de celle-ci, à proximité de toutes les villes, près des frontières, on y trouve le commerce du vin et les plus belles caves, la vente de vin se fait surtout vers la Suisse « . Pour le château, le baron comptait recevoir 30.000 l, celui de Riedisheim 15.000 l, le moulin de Biss 60.000 l, les champs dans les deux villages 67.500 l, les vignes à Brunstatt et à Riedisheim 9.600 l, les forêts 69.000 l, les prés 35.000 l, en tout 286.100 l.

En 1809, un nommé Schweblin fut le premier propriétaire du fermage. Un an après, le notaire Wendling reçut une lettre du baron d’après laquelle un amateur avait l’intention de transformer le manoir en une manufacture.

En 1807, on travaillait à la construction du canal, Dolfus, industriel mulhousien, voulait louer le château qui pouvait servir de dépôt de marchandises. Finalement Besenval put écrire au notaire qu’il avait des locataires : les mulhousiens Litschy et Wagner. Quant à l’étang, il avait l’intention de le transformer en pré. Le 22 mai 1808, le Ministre de l’Intérieur autorisa le Tissage Wagner et Litschy à s’établir à Brunstatt. A la même époque, les meubles du château furent envoyés à Soleure, résidence des barons de Besenval, élevés en 1820 à la dignité comtale.

Litschy resta à Brunstatt jusqu’au 28 décembre 1813, le maire de Brunstatt lui avait demandé les clefs du château pour y loger les malades des alliés. Un an après, un bail fut signé avec l’ingénieur Vasselle qui dirigeait les travaux du canal. A la même époque eut lieu à Mulhouse une adjudication publique du château, y compris les vergers et les jardins.

D’après des lettres des années 1830 à 1835, le manoir se trouvait dans un état lamentable et en 1837, Marie-Louise-Ernestine, comtesse de Besenval le fit mettre aux enchères par maître Schwimmer à Porrentruy. Une petite fabrique de produits chimiques y fut installée, puis une brasserie. Finalement, il fut acquis par la famille Merian de Bâle, qui le vendit à la Compagnie des Chemins de Fer. Le manoir fut démoli lors de la construction de la voie ferrée Mulhouse-Belfort, ouverte en 1857. La voie ferrée et la gare de Brunstatt prirent la place de l’ancien château. L’ancien étang, dernier reste du manoir, fut comblé lors de la construction du foyer St-Georges en 1927, année de la mort du dernier membre des Besenval, jadis seigneurs de Brunstatt.


DESCRIPTION DU CHATEAU DE BRUNSTATT

Pour avoir un aperçu du château de Brunstatt tel qu’il a existé au cours de l’histoire, il faut consulter les dessins et les descriptions de ceux qui l’ont connu. D’après le plan de Mulhouse et des villages avoisinants dû à Jean Zetter et datant de 1794, la construction simple et massive, faite pour la défense. Elle comprenait quatre bâtiments carrés, et quatre tours de protection. Un fossé alimenté par le ruisseau de Burnen entourait la citadelle qui, analogue à d’autres ouvrages érigés dans la plaine, était donc un « château-fort entouré d’un fossé d’eau « . Le pont-levis et l’entrée principale se trouvaient au côté sud ; les tours plus hautes que les bâtiments étaient munies à l’intérieur d’un chemin de ronde.

D’après J.Rothmuller qui avait dessiné le château avant 1830, les bâtiments autrefois destinés à la défense avaient été démolis, devenant inutiles. Le chemin de ronde fut également supprimé et le fossé comblé, sauf à la partie sud du château où il fut transformé en petit étang. Les toits de tours s’appuyaient contre le toit du bâtiment. L’ancien château devenu manoir, était abandonné à l’époque de cet artiste colmarien.

Vendu en 1830, le manoir se trouvait dans un état pitoyable. Le nouveau propriétaire, Merian de Bâle, fit démolir les bâtiments regardant vers le nord, l’est et le sud, ne conservant que celui érigé vers le canal et flanqué de deux tours. Ce fut ainsi que L. Schoenhaupt le dessina en 1858, ce dessin servit d’illustration dans le livre « Das vordere Illtal « de l’historien Augsute Stöber (1861) qui décrit ainsi le château :

« A l’étage inférieur qu’on gagne par un escalier en pierres, se trouvait un couloir bas entre deux rangées de chambres. Le plafond de la salle était la partie supérieure de la tour sud-occidentale qui servait jadis de chapelle ; plus tard les petites fenêtres gothiques furent en grande partie murées. Le plafond de la salle était orné d’un décor simple et contenait trois placards. Sur l’ancien encadrement du portail, bien conservé, on pouvait lire cette inscription : « Deo favente renovavit A.C. 1835 « . Les caves étaient hautes et voûtées, les fenêtres ressemblaient à des meurtrières. Aux deux coins vers le canal, deux tours s’élevaient aussi hautes que la toiture. En amont du château, une belle allée menait jusqu’à l’étang. Des deux côtés du chemin et en aval des granges, des écuries, des bâtiments économiques et des jardins s’étendaient jusqu’à la partie inférieure du village. La dénomination « Schlosshof « et la rue du Château évoquent encore aujourd’hui le souvenir de l’ancien château-fort de Brunstatt. En 1856-57, les débris de sa démolition furent sans doute employés pour construire le remblai du chemin de fer, mais les belles pierres artistiquement travaillées avaient certainement trouvé des amateurs. Je vis ainsi, dans une buanderie assez pauvre, une auge en grès rouge demi-ovale, placée sur une tête d’homme barbu J’appris que la sculpture, à moitié scellée dans le mur, provenait de l’ancien château. Un vieillard qui avait encore connu le château pendant son enfance raconta : « Quand nous étions en automne, le soir, réunis dans notre chambre agréablement chauffée, nous pouvions entendre de temps en temps un train prenant péniblement la courbe sur l’emplacement du château disparu. Alors le grand-père en levant son doigt disait : vous entendez, comme il peine, le grand-duc ne veut pas le laisser passer ! « C’est ainsi que notre château riche en faits historiques, mais malheureusement disparu, est entré dans la légende.


Texte de Paul Stintzi, extrait de la plaquette : Brunstatt, Faits d’Histoire d’une commune de Haute-Alsace


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