Le 8 octobre 1882, l’actuelle Chapelle de la Croix du Burn a été ouverte au culte ; c’est l’occasion de redécouvrir un peu de son histoire.
LE PUITS ROMAIN ET L’EGLISE-MERE
En septembre 1913, la presse régionale publie presque tous les jours, des informations concernant la découverte d’un puits romain à la Croix du Burn à Brunstatt. Il s’agirait d’une des plus sensationnelles découvertes de l’époque romaine dans le Haut-Rhin, suite aux travaux entrepris par la commune pour capter la source du Burn comme eau potable pour le village.Dans le puits, on fit la découverte d’une très grande quantité de monnaies romaines, malheureusement en mauvais état. Cependant, on identifia quatre d’entre-elles : une du règne Trajan (98/117), une de Marc Aurèle (161/180), de Constantin (323/337) et une quatrième de Gratien (161/180).L.G. Werner, autour d’un article sur cet événement, tire la conclusion suivante : l’ensemble remonte aux premiers temps de l’Empire Romain en Alsace. Les monnaies avaient été jetées dans le puits pour amadouer la divinité de la source.Lorsque le christianisme s’implanta en Alsace, la source devint un baptistère. Les premiers apôtres de l’Alsace purent donc baptiser les néophytes du Sundgau. Plus tard, un autel de l’église du Burn fut dédié à Jean-Baptiste, patron des Eglises-Mères ou Eglises du Baptême.
LE VILLAGE DU BURNEN
Autour de la source, au pied de la colline, s’élevait autrefois un village du nom de Burnen. Ce site charmant à l’entrée de la vallée de l’Ill, près d’une source abondante et intarissable, a éveillé très tôt l’attention des habitants de la région. Au Moyen-Age, une vingtaine de paroisses se rendaient au Burn en pèlerinage, le jour de la chandeleur.Dans le Liber Marcarum (liste des paroisses) du Diocèse de Bâle, BURNEN apparaît au début du XVème siècle, comme une paroisse importante. Intégrée au Doyenné “inter colles” (parmi les collines), elle est dirigée par un Recteur avec un vicaire ou chapelain. Une série de noms de ces prêtres a été transmis à la postérité : En 1401, est mentionné un certain BURGHART Wilhelm, chapelain à St-Etienne du Burnen, en 1412, le prêtre Jean BINHUS est proposé comme successeur à Martin VON TROTHOFEN, curé de Burnen ; en 1441, Jean LURGER chapelain de St-Etienne à Burnen est également curé de Zillisheim ; en 1471, Nicolas SIGLIN, recteur de l’église paroissiale de Burnen paie 3 Florins à l’évêque de Bâle pour sa nomination.Il n’existe pas de descriptions des sanctuaires successifs qui ont servi d’église paroissiale de Burnen. La dernière église a dû être assez vaste. Elle est dédiée à St-Etienne, diacre et martyr. Parmi les objets qui ont orné cette église et qui ont été sauvés, figurent trois statues en bois : St-Etienne, St-Blaise et Ste-Barbe. Ces statues se trouvent actuellement à l’église Ste-Odile à Brunstatt.Il semble qu’on peut affirmer que le village de Burnen a été détruit au cours du dernier tiers du XVème siècle. Le Liber Marcarum témoigne de l’existence de Burnen en 1468 comme paroisse du Diocèse de Bâle, mais ce même document et les listes des prêtres démontrent également, qu’en l’an 1500, Burnen n’existe plus. Ce qui est étonnant, c’est que le village ait pu disparaître sans laisser de traces importantes et sans que l’histoire ou la tradition locale puisse nous préciser de quelle façon, il a disparu.A partir de 1500, on ne fait plus mention du village dans les registres paroissiaux ; on enregistre de nombreux mariages entre gens de Brunstatt et habitants des villages voisins. Tout cela converge dans le même sens : le village de Burnen a perdu son autonomie communale et paroissiale vers la fin de XVème siècle.Quelques dénominations comme Burnenberg, Burnenweg, Burnenwinkel éveillent le souvenir du village disparu. Les actuels porteurs du nom de “Burner” pourraient être les descendants des derniers habitants de Burnen transplantés à Brunstatt et ailleurs.
LA CHAPELLE SAINT-BLAISE
Au début du XVème siècle, il existe déjà une chapelle dédiée à St-Blaise, Evêque et martyr. Les pèlerins s’y rendent en foule pour vénérer le saint auxiliaire. C’est particulièrement la fête de St-Blaise, le 3 février, qui connaît un concours de pèlerins. A cette occasion, ils viennent de tous les alentours afin de faire bénir les chevaux. Cette coutume subsistera jusqu’à la révolution et sera reprise par la suite.La chronique nous informe peu sur l’origine de la Chapelle et du pèlerinage. Pour bien comprendre les évènements qui se sont déroulés au Burn à la fin du XVème siècle, il faut distinguer la chapelle St-Blaise et le village de Burnen avec son église paroissiale. Le village avec son église dépend de la noblesse (par ex. le Von Trothofen de Mulhouse).Par contre c’est du Chapitre d’Arlesheim en Suisse que relève la Chapelle. Le village avec l’église relevant de la Noblesse a été incendiée et rasée, tandis que la Chapelle qui dépend d’Arlesheim est épargnée. Arlesheim garde donc ses privilèges à Burnen et cela jusqu’à la révolution française. Au moment de la grande tourmente, Arlesheim perd ses droits et bénéfices qui lui avaient été léguées la famille de Ste-Odile au VIIIème siècle.La Chapelle était assez dotée en terres et revenus pour entretenir un gardien du sanctuaire. Les noms de quelques gardiens se retrouvent dans les livres paroissiaux, par exemple : Ludovicus BISCHOFF (1598), Jodochus KUCHEL (1624), Balthazar STUTZ (1675), Quirinus BUESSLER (1693), Theobald SCHAAL (1695), Paulus SCHMIDLIN (1698).D’un point de vue architectural, la Chapelle n’avait pas d’allure monumentale. Elle est petite, sans luxe. Une seule cloche trouve se place dans le petit clocher pointu. Elle garde son aspect jusqu’à la Révolution, où elle fut incendiée et rasée.
LA CHAPELLE DE LA CROIX
La destruction de la Chapelle St-Blaise fut catastrophique pour le pèlerinage de Burnen. La vénération de St-Blaise diminua rapidement et le brave Saint Auxiliaire fut oublié.Mais le souvenir de vieille Chapelle ne se perdit pas totalement. Quelques rares vestiges des fondations sortaient encore de terre. Il se passa plus d’un siècle avant que la complainte des ruines du Burnen fut finalement entendue.Le curé de Brunstatt, l’Abbé FRITSCH se proposa de sortir de ses ruines la Chapelle, sachant qu’il pouvait compter sur la bonne volonté des paroissiens et des habitants de Mulhouse et environs. Il fit mettre un tronc près de l’ancienne croix du Burnen, malheureusement le résultat fut très maigre.C’est alors que deux dames de Mulhouse eurent la très bonne idée de faire construire la Chapelle à leurs frais. Le projet aurait pu se réaliser assez facilement et rapidement, si le bon curé n’avait pas vu trop grand dans la réalisation de son projet, et les deux dames se découragèrent.Pendant 20 ans les choses restèrent au point mort et on pouvait penser que le projet ne se réaliserait jamais. “Alors le Bon Dieu s’aida lui-même”, écrit le chroniqueur, en inspirant aux époux STENGEL-SCHWARTZ la prise en charge de la construction de la Chapelle avec leurs propres deniers. Madame STENGEL, née Catherine SCHWARTZ é tait déjà à l’origine du projet 20 ans plus tôt avec Madame ROCK. On re prit les négociations avec la volonté de progresser rapidement. Un neveu de Madame STENGEL, l’architecte BOEHM de Mulhouse, se chargea des plans de la future construction.
Sous quel vocable construirait-on la Chapelle ? On ne songeait plus à une Chapelle St-Blaise, le souvenir du Saint Evêque étant trop oublié par la population. Par contre le pèlerinage à la Croix du Burn avait repris une certaine ampleur. Cette vénérable croix, seul vestige du passé en ces lieux, éveillait de plus en plus la confiance des fidèles et croyants de la région. La Croix du Burnen était devenue le pôle d’attraction de tous ceux qui cherchaient consolation et secours aux pieds du Crucifié.En été 1881, le chantier fut ouvert lancé par l’Abbé GOERIG et dès l’automne 1882, le curé Louis STOUFF son successeur, était arrivé à son but grâce à son énergie et son esprit d’entreprise : la Chapelle était prête pour l’inauguration. Elle eut lieu le dimanche 8 octobre après les Vêpres. Lorsque les brunstattois arrivèrent en procession au Burn, ils y trouvèrent une foule estimée entre 4 et 5000 personnes.Le curé-doyen de Mulhouse St-Etienne, le Chanoine WINTERER, donna le sermon de circonstance, tandis que le curé LANDWEEHRLEN de Ste-Marie Mulhouse procéda à la Bénédiction Solennelle.L’intérieur de la Chapelle fut aménagé selon les goûts de l’époque ; les vitraux du chœur, dons des constructeurs sortaient des Ateliers KUHN de Bâle, les travaux de peinture furent exécutés par les peintres BINDER de Brunstatt, la petite cloche fut offerte par Madame STENGEL et la tribune pour les chantres est construite par le charpentier HOLTZER de Brunstatt.En 1890, on érige le Calvaire. Les statues en bois, dans la grotte proviennent de l’Eglise paroissiale. Les statues du Calvaire lui-même, proviennent de Vaucouleurs et sont un don de la Vve SCHULTZ-MOESCH (Grégoris). A l’occasion de l’inauguration du Calvaire, l’Express de Mulhouse parle de 20.000 pèlerins au Burn. “Si la vogue de notre pèlerinage continue, nous aurons bientôt un petit Lourdes en Haute-Alsace”. Le 27 mai 1901, lundi de Pentecôte, le Chemin de Croix en provenance des Ateliers PIERSON est béni par le curé STOUFF, en présence de l’abbé Eugène BACHER, curé de Brunstatt.Même si le BURNENKREUZ ne retrouve plus les foules d’autrefois, il reste un haut lieu de la prière pour de nombreux fidèles.Ces informations émanent des écrits d’Antoine STECK, curé de la Paroisse St-Georges, en 1982, à l’occasion du centenaire de la Chapelle.Un grand merci aux “Amis de la Croix du Burn” qui assurent la valorisation et l’entretien du site tout au long de l’année.